MAMMA

2 mai 2018 | Laissez un commentaire
Par Marco Calliari

Maria Franca Pagliarulo est née à Milan le 23 mai 1943, de parents originaires des Pouilles (le talon de l’Italie). Son père a combattu pendant la Première Guerre mondiale. Elle était la dernière de neuf enfants.

Très jeune, elle a perdu ses parents, et a été prise en charge par ses frères et sœurs. L’une de ses grandes sœurs a décidé de partir vivre au Canada et lui a demandé de l’accompagner. Franca l’a suivi et est arrivée en avion au Canada, le 6 mai 1961.

Après avoir été hébergée par quelques membres de la famille, c’est finalement chez des amis qu’elle s’installe, sur la rue Cartier à Montréal. À l’époque, elle étudiait pour être coiffeuse. Sur la rue Cartier, elle rencontre une famille à laquelle elle s’attache, et avec laquelle elle entretiendra un lien privilégié : la famigliaCalliari.

Franca finit par accepter une sortie avec l’un des garçons de la famille, Franco Calliari. Mais c’est finalement pour Mario que, quelques temps plus tard, le cœur de Franca s’emballera. Ils se sont mariés en 1967 et ont eu deux enfants : Monica et Marco.

Mon père était maçon et ma mère coiffeuse.

Du petit salon de coiffure installé au sous-sol, je garde le souvenir des petites « madames » (tantôt québécoises, tantôt italiennes), des casques d’astronaute pour sécher les cheveux, des permanentes avec ces petits rouleaux roses, et de l’odeur toxique et florale en même temps. Je devais me faire un chemin à travers le nuage de Spraynetdes années 80 pour rejoindre la salle de bain.

On ne croirait pas ça aujourd’hui en me regardant, mais j’ai quand même été, pendant des années, le cobaye de ma mère et de ma sœur, passant de la coupe de David Bowie à celle de Billy Idol, Corey Hart ou Platinum Blonde. Je vous jure!

Au-delà de son talent en coiffure, ma mère a toujours eu un pouce exceptionnellement vert. Tellement qu’un jour, le quartier Saint-Michel lui a décerné le prix du plus beau jardin de l’arrondissement! C’était en 1983. Alors évidemment, avec un pouce vert et des tomates qui faisaient des jaloux dans Saint-Michel, il fallait aussi qu’elle soit une cuisinière digne de la vraie mammaitalienne! En fait, c’est ça le secret des mères italiennes : entretenir des liens serrés grâce à l’odeur des sauces tomate.

Quand on est jeune, on grandit avec cette sécurité maternelle là, sans trop se rendre compte de l’histoire que notre mère porte. On grandit, et on se détache, d’une certaine façon. On provoque aussi, pour valider leur amour. On conteste. On revendique. On tire vers soi et on repousse. On part, mais on revient toujours.

Avec tout l’amour et l’admiration que je portais à ma mère, il m’est arrivé de lui faire de la peine et de la décevoir, comme tous les enfants. Comme le jour où, par accident je lui ai crevé un œil avec un balai… J’en ai encore mal en dedans quand j’y pense. Ou toutes les fois que j’ai cassé ses pots de plante en jouant au soccer. Ou la seule fois de ma vie où j’ai volé (des G.I. Joe) mais que je me suis fait prendre et que l’appel de la police à mes parents m’a vraiment fait craindre que j’allais mourir ce jour-là.

On grandit encore, puis il y a le jour où l’on quitte pour de bon la maison familiale. Bang! Le deuil, la déchirure d’un côté mais la liberté de l’autre, l’aventure. Et c’est là qu’on mesure vraiment les outils qu’on a en main.

On fait notre chemin sans elle. Mais finalement, on n’est jamais loin bien longtemps. Des événements personnels et professionnels nous rappellent ce lien fort. On téléphone aux deux jours, on passe se ressourcer aux semaines. Finalement, on n’est jamais vraiment parti. On débarque tantôt avec la blonde, tantôt avec les amis, plus tard avec les musiciens. C’est comme ça chez moi et chez elle.

Ma mère a été ma première fan et toujours la première à être debout et danser. Malgré ma gêne, elle a toujours provoqué des occasions pour m’inciter à jouer de la musique, peu importe le temps, l’heure ou l’endroit. Elle arrêtait le temps, et obligeait la famille ou les gens à s’arrêter pour m’écouter. D’une poussée tendre et fière, elle me glissait au beau milieu des gens et me disait : « Allez, joue. Suona! Suona! ». Même du temps où je breakdansaissur un bout de carton, elle avait la même fierté. Elle plaçait mon carton au milieu des gens et me disait : « Balla! Balla! » Elle adorait me mettre en lumière, et ces cinq minutes de gloire qu’elle a su créer, ici et là, ont certainement contribués à mon destin de chanteur et de musicien. En fait, elle m’a donné la confiance d’y arriver.

Comme quoi les mères sont de ce qu’il y a de plus précieux et de fondamental pour bien grandir. Présente 24h/24h. L’oreille tendue et les bras ouverts. Elle ferait n’importe quoi pour ses enfants. J’ai grandi et je vois ma mère vieillir. Toujours aussi vaillante, avec le même cœur jeune, mais avec des jambes qui ont plus de difficulté à la suivre. Je vois le temps qui avance, et qui avance vite… et j’aimerais qu’il s’arrête…

Et il n’y aura jamais suffisamment d’occasions pour m’arrêter et la remercier.

La mamma. La racine. Le pilier. La source.

Toujours à l’écoute. Disponible.

Qui berce, qui porte, qui supporte.

Sans elle, je ne suis.

Merci, mamma.

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